Une année de service à l’EPH en 1978

En 1978, la conscription était encore la norme pour des milliers de jeunes hommes français. Certains servaient dans les unités classiques, d’autres étaient affectés à des postes plus symboliques ou sensibles. J’ai eu, pour ma part, l’immense honneur d’être affecté à l’Éscadron de Protection et d'Honneur (EPH), une unité bien particulière : celle qui représentait l’Armée de l’Air au niveau national.

Mon nom est Damy, appelé du contingent. Je n’étais ni sous-officier de carrière, ni engagé. Juste un jeune Français tiré au sort, qui allait vivre, sans le savoir, une année hors du commun.

Une affectation d’exception : l’EPH

L’EPH n’était pas une base aérienne classique. C’était une structure spécifique, en plein cœur de la région parisienne, rattachée directement aux services du protocole et de la représentation de l’armée de l’Air. C’est là que j’ai posé mes valises en 1978, avec un mélange de fierté et d’appréhension.

Notre mission principale ? Assurer une présence militaire digne et visible lors des cérémonies officielles, dans les lieux symboliques de la République : Les Invalides, Orly, Le Bourget… Nous étions aussi impliqués dans des événements diplomatiques majeurs.

Orly : à l’accueil des chefs d’État

Je me souviens avec une précision presque émotive de l’arrivée de plusieurs chefs d’État étrangers à l’aéroport d’Orly. Quand leur avion touchait le sol français, ce n’était pas un événement banal : c’était un rituel républicain. La Garde Républicaine montait la haie d’honneur, le Président Valéry Giscard d’Estaing (VGE) attendait en bas de la passerelle, et nous, appelés de l’Armée de l’Air, étions là, alignés, impeccables, à représenter notre pays.

J’ai vu Léopold Sédar Senghor, président du Sénégal, poète, mais aussi homme d’État respecté. Il incarnait une Afrique francophone en pleine mutation. Je me souviens aussi de Maréchal Tito, dirigeant yougoslave, une figure impressionnante à l’époque — un « ex-dictateur », selon certains — venu renforcer ses liens avec l’Europe occidentale.

Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est l’arrivée du président américain Jimmy Carter. Une machine logistique incroyable. Des hélicoptères, des véhicules blindés, des agents en civil partout. Nous étions un petit maillon de cette chaîne, mais nous y étions. C’est cela, le service à l’EPH : être là où l’Histoire passe.

Les Invalides : prises d’armes et honneur militaire

Nous avons participé à de nombreuses prises d’armes aux Invalides, un lieu chargé d’histoire, sacré pour tous les militaires français. C’était toujours impressionnant de se retrouver dans cette cour d’honneur, là où reposent les grands noms de notre armée.

L’ordre du protocole, lors de ces cérémonies, était strict : à gauche, la Garde Républicaine, suivie de l’Armée de Terre, puis de la Marine, et enfin, nous, les appelés de l’Armée de l’Air. Derniers dans l’ordre de présentation, mais fiers. Nous représentions la plus jeune des trois armées, mais aussi celle qui, souvent, ouvrait la voie des temps modernes.

Le Bourget : rapatriements sanitaires et moments graves

L’autre aspect, moins solennel mais tout aussi poignant, était notre implication dans les rapatriements sanitaires militaires au Bourget. Des soldats blessés, parfois grièvement, revenaient de théâtres extérieurs.

L’ambiance était lourde. Pas de fanfare, pas de haie d’honneur. Mais une discrétion respectueuse. Nous étions là pour porter les brancards, aider les équipes médicales, assurer un cadre digne. Ces moments m’ont profondément marqué. À 20 ans, on mesure brutalement ce que "servir son pays" peut vraiment vouloir dire.

En renfort en Bretagne : les radars de Plougastel

Durant cette année, nous avons aussi été sollicités pour un renfort dans les radars de Plougastel, en Bretagne. Le contexte ? Des menaces du Front de Libération de la Bretagne (FLB), actif à cette époque. Ce n’était pas un exercice : l’État prenait ces alertes très au sérieux.

Nous avons été déployés en urgence pour renforcer la sécurité de ces installations sensibles. Pour un appelé, ce genre de mission donne un tout autre sens au mot "service militaire". Ce n’était plus une répétition de parade : c’était une opération de protection du territoire.

L’alerte Mauritanie : entre fièvre jaune et paquetage

Un autre souvenir marquant fut l’alerte pour la Mauritanie. Les tensions grandissaient dans cette région, et la France envisageait une intervention. Nous avons été mis en pré-alerte : vaccination contre la fièvre jaune, préparation du paquetage, briefing de départ imminent.

L’adrénaline montait, le cœur battait. Finalement, ce ne fut pas nous qui partîmes, mais nos camarades de Nîmes qui firent le boulot. Nous avons été désignés, puis remplacés. Mais ce laps de temps nous a rappelé que, même appelé, on peut basculer à tout moment dans le réel de la guerre.

Kolwezi : l’ombre de la Légion

Quelques mois plus tard, nous apprenions que nos légionnaires avaient sauté sur Kolwezi, au Zaïre. Une opération éclair, pour libérer des otages européens pris dans une rébellion sanglante. Là encore, on réalise combien l’armée française est capable d’intervenir loin, vite, fort. Et nous, modestes appelés, regardions cela avec un mélange de fierté et de vertige.

Les moments cool, quand même

Tout n’était pas tension et protocole. À l’EPH, il y avait aussi des moments de détente, des amitiés solides, des fous rires en chambrée, des permissions volées à la rigueur militaire.

Paris était à portée de train. Certains soirs, on allait flâner dans les rues, voir un film, retrouver une fiancée. Et puis, il y avait ce sentiment unique d’être là où tout se passe, au cœur du pouvoir, du monde diplomatique, du cérémonial républicain.

On n’était pas les plus gradés, pas les plus décorés. Mais on était privilégiés, même si on ne s’en rendait pas toujours compte sur le moment.

Conclusion : une année gravée pour la vie

Mon service militaire à l’EPH, en 1978, reste gravé dans ma mémoire comme une parenthèse unique. J’y ai appris le respect, la précision, l’endurance, le sens du devoir. J’y ai vu l’Histoire de près, parfois très près.

J’y ai aussi compris que le soldat n’est pas toujours celui qui tire : il peut être celui qui accueille, qui porte, qui représente, qui observe, qui attend.

Je m’appelais Damy. J’étais un appelé du contingent. Et cette année-là, à l’EPH, j’ai servi la France avec tout ce que j’avais de meilleur.

NB : Les photos viendront enrichir ces souvenirs. Si vous possédez des archives de ces cérémonies ou des images d’époque de l’arrivée des chefs d’État à Orly en 1978, je suis preneur.

Damy.....

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