

En 1995, j’ai eu l’honneur de participer à une mission internationale unique en son genre : la Multinational Force and Observers (MFO) dans le désert du Sinaï, une région aussi aride que chargée d’histoire. Pendant près de quatre mois, du 2 avril au 1er août, j’ai servi au sein du contingent français, dans le cadre d’un engagement multilatéral pour la paix.
Une mission née de la paix
La MFO a été créée dans le sillage des accords de Camp David, signés entre l’Égypte et Israël en 1978, et a pour but de surveiller l’application des dispositions sécuritaires du traité de paix. Ce n’est pas une mission de l’ONU, mais une organisation indépendante, composée de plusieurs nations contribuant à la paix, sans casques bleus, mais avec une forte coopération internationale.
Nous étions onze nationalités présentes : Américains, Canadiens, Australiens, Français, Néo-Zélandais, Uruguayens, Italiens, Britanniques, Colombiens, Fidjiens, et Hongrois. Chaque contingent avait sa spécialité, une sorte de savoir-faire propre qui s’intégrait dans la grande mécanique de cette force multinationale.
Le rôle des Français : surveiller le Sinaï depuis les airs
Pour nous, les Français, la mission était claire et précise : la surveillance aérienne du Sinaï à bord des Twin Otter, ces petits avions robustes et polyvalents, parfaitement adaptés aux conditions désertiques. À bord, nous embarquions régulièrement des observateurs étrangers, chargés de constater le respect des accords sur le terrain.
Cette coopération internationale au sein même de l’équipage rendait chaque vol unique. Les briefings se faisaient souvent en anglais, les regards se croisaient dans un mélange de cultures et de traditions militaires. Voler au-dessus des vastes étendues désertiques du Sinaï, c’était comme scruter un livre millénaire écrit dans le sable. Les montagnes abruptes du sud, les pistes poussiéreuses, les postes d’observation... Chaque recoin avait sa propre histoire.
Sur la photo ci-dessous, un camp de légionnaire ?

Une richesse humaine et culturelle
Mais au-delà de l’aspect militaire, c’est bien la dimension humaine et culturelle de ce détachement qui m’a marqué. Vivre pendant plusieurs mois avec des soldats venus des quatre coins du monde, partager des repas, des missions, des moments de détente, forge des liens qu’aucune barrière linguistique ne peut briser.
J’ai eu la chance de visiter le monastère de Sainte-Catherine, (Photo ci dessous) au pied du mont Sinaï. Cet endroit est à la fois mystique et d’une beauté austère. À l’intérieur, on découvre des trésors spirituels : le "buisson ardent", que la tradition identifie comme celui devant lequel Moïse reçut sa mission divine, et le puits de Moïse, autour duquel le récit biblique prend vie.
Marcher dans ces lieux, c’est ressentir le poids de l’histoire, mais aussi une paix intérieure rare. On ne ressort pas indemne d’un tel endroit : il y a quelque chose de profondément émouvant dans le silence de ces murs séculaires, gardés depuis plus de mille cinq cents ans par des moines orthodoxes.
Un détachement réussi sur tous les plans
Professionnellement, cette mission fut un modèle d’efficacité. La logistique était bien rodée, les relations avec les autres contingents se passaient bien, et notre rôle était reconnu et apprécié. Mais c’est surtout au niveau personnel et culturel que ce séjour dans le Sinaï a été enrichissant.
J’ai appris à travailler avec des nationalités différentes, à adapter mes méthodes, à écouter, à collaborer sans imposer. L’échange de traditions, de récits, d’humour, a créé une ambiance fraternelle, où le port de l’uniforme était un langage commun.

Ce que je retiens aujourd’hui
Près de 30 ans plus tard, je garde un souvenir vivant de cette mission. Le désert du Sinaï m’a appris la patience, la rigueur, et le respect de l’autre. Dans un monde souvent fracturé, il est réconfortant de se rappeler que des hommes et des femmes, venus de tous horizons, peuvent coopérer pour une cause aussi noble que la préservation de la paix.
Recevoir ce certificat de présence, signé par des commandants de contingents, dont un lieutenant-colonel français, est bien plus qu’un simple document : c’est la reconnaissance d’un engagement collectif, d’une tranche de vie partagée, d’un chapitre fort de ma carrière.
Conclusion
La MFO dans le Sinaï reste une mission discrète, peu médiatisée, mais essentielle. Elle démontre que la paix se construit jour après jour, dans la patience, la vigilance et le respect mutuel. J’en suis fier, et je souhaite que plus de jeunes militaires aient un jour l’opportunité de vivre une telle expérience. Car au-delà des déserts, c’est une aventure profondément humaine.


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