

En 1978, j’avais 18 ans. Comme beaucoup de jeunes Français de l’époque, j’ai été appelé pour effectuer mon service militaire. Mais mon destin ne m’a pas envoyé dans une caserne classique. Non, moi, j’ai eu l’honneur de servir dans une unité aussi discrète que redoutable : l’EEI de Nîmes, autrement dit l’Escadron Évaluation et Intervention.
À cette époque, l’EEI était une unité méconnue du grand public, mais essentielle dans le dispositif militaire de l’armée de l’air. Elle portait déjà en germe ce que deviendrait plus tard le prestigieux CPA 10 (Commando Parachutiste de l’Air n°10). L’EEI, c’était la cellule spécialisée dans les missions les plus sensibles : reconnaissance, infiltration, sabotage et neutralisation d’objectifs stratégiques.
Une unité spéciale, une mission d’exception
L’EEI n’était pas une simple unité d’appui. Sa mission : simuler une infiltration ennemie sur nos propres bases aériennes, y repérer les failles, et détruire symboliquement les installations les plus vitales :
Avions de chasse sur piste,
Tours de contrôle,
ZTO (Zone Technique Opérationnelle),
Et surtout les DAMS – les dépôts d’armes et munitions spéciales, que l’on protégeait comme des sanctuaires.
Notre objectif ? Tester la sécurité, trouver les failles, et permettre aux bases de renforcer leurs défenses.
Mais dans l’exécution, tout devait être réaliste. L’infiltration se faisait de nuit, en terrain hostile, en autonomie, avec très peu de moyens mais beaucoup d’astuce. Et nous avions carte blanche sur les méthodes : camouflage, ruses, escalade, contournement, silence radio, détournement d’équipements… tous les coups étaient permis.
L’apprentissage par le terrain
Quand je suis arrivé à l’EEI de Nîmes, j’étais un jeune homme volontaire mais encore naïf. Très vite, j’ai compris que ce service militaire n’allait ressembler à aucun autre.
Nous dormions peu, nous courions beaucoup, nous apprenions à vivre en milieu hostile, à observer, à nous fondre dans l’environnement. Les entraînements étaient intenses, souvent éprouvants, mais passionnants. Il fallait penser comme un ennemi, anticiper les réactions, et agir en équipe, dans le silence et la précision.
Je me souviens particulièrement des longues nuits passées à ramper en zone technique, parfois sous les projecteurs, à quelques mètres d’une sentinelle armée, à essayer d’accrocher discrètement un pétard factice sur un Mirage III. Le stress était réel, même si le danger était simulé.
Cette photo, ci-dessous, je l’ai conservée précieusement. On y voit plusieurs d’entre nous sautant d’un TP3, ce fameux camion militaire qui nous servait de transport tactique. ( C'est moi allongé en protection) Ce jour-là, on s’entraînait à un débarquement rapide en zone hostile. L’exercice consistait à bondir du véhicule, se déployer en éventail, sécuriser le périmètre et avancer rapidement en couverture.
Je me souviens de l’adrénaline qui montait avant le signal, des ordres brefs, du métal du PM MAT 49 dans mes mains, et de cette sensation d’urgence, même en simulation.

L’art du franchissement discret
L’un de nos savoir-faire essentiels, c’était le franchissement d’obstacles. Que ce soit des grillages, des murs, des clôtures électrifiées ou des zones boisées surveillées, nous devions savoir passer sans bruit, sans laisser de trace.
Nous nous entraînions régulièrement sur des parcours d’obstacles complexes, souvent en forêt, avec sac à dos, armes factices, et tout l’équipement d’un soldat infiltré.
Sur cette photo, ci dessous, tu peux me voir en train de franchir un filet de corde, une épreuve parmi tant d’autres de notre parcours du combattant. Ces moments ont forgé ma résistance physique, mais surtout mentale. Il fallait aller au bout, toujours.
Une camaraderie inoubliable
Au-delà de l’aspect tactique, ce qui reste gravé en moi, ce sont les liens d’amitié noués avec mes frères d’armes. Dans l’effort, dans le froid, dans l’attente silencieuse sous un camouflage de fortune, on apprend à connaître les autres autrement.
On ne triche pas avec la fatigue, la peur ou la nuit. Et quand un camarade te couvre alors que tu poses une charge factice sur un dépôt, tu sais que tu peux compter sur lui dans la vraie vie.
Héritage et transformation : de l’EEI au CPA 10
Des années plus tard, l’EEI a évolué pour devenir le CPA 10, fer de lance des forces spéciales de l’armée de l’air. L’unité a gagné en visibilité, en puissance, en reconnaissance, mais ses racines restent les mêmes.
Reconnaissance, action discrète, intervention chirurgicale sur objectifs stratégiques : ce que nous faisions en 1978, d'autres le font encore aujourd’hui, avec des moyens modernisés, mais avec le même esprit de mission.
Une fierté qui ne m’a jamais quitté
Aujourd’hui encore, à 65 ans, je reste profondément marqué par cette période. Elle m’a appris la rigueur, l’engagement, la débrouillardise, la loyauté.
Elle m’a aussi donné envie de rendre hommage à tous ceux qui ont servi, à travers mes créations de mugs, verres et objets personnalisés. Chaque devise que j’imprime, chaque insigne que je vectorise, me rappelle ces moments intenses passés au sein de l’EEI.
Pour conclure
Ce service militaire à l’EEI n’était pas une parenthèse. C’était une école de la vie, une forge dans laquelle s’est construit mon caractère. Une jeunesse engagée, au service d’une mission, d’un idéal, d’un collectif.
Si tu as connu cette époque, si tu as croisé l’EEI, si tu as sauté d’un TP3 ou rampé de nuit sur une base aérienne… alors tu sais.
Et si tu découvres tout cela aujourd’hui, alors je t’invite à honorer cette mémoire, à la transmettre, à la faire vivre.
Le CPA 10 (Commando Parachutiste de l’Air n°10) est une unité des forces spéciales de l’armée de l’air, spécialisée dans les opérations commandos et de renseignement. Son rôle principal est de faciliter l’engagement des aéronefs en profondeur, notamment par la désignation de cibles et le guidage de frappes aériennes.
Parmi ses missions les plus emblématiques :
ODESSA : infiltration et désignation de cibles à haute valeur stratégique pour frappes aériennes.
RESEDA : saisie et mise en œuvre d’aéroports pour accueillir les alliés ou évacuer des ressortissants.
RTPA : sécurisation d’un terrain pour un posé d’assaut rapide (objectif : moins de 3 minutes au sol).
CTLO : neutralisation de menaces terroristes et libération d’otages.
RESEVAC : évacuation de ressortissants en situation de crise.
Le CPA 10 mène également des missions de reconnaissance et de destruction dans la profondeur. Chaque commando possède des compétences spécifiques (chuteur, tireur d’élite, contrôleur aérien, maître-chien, etc.), formant une équipe polyvalente et redoutablement efficace.
Les gars de 1978 sont les ancêtres.
Nouvelles missions, avec du matériel autre que le notre !
Gerard D

Vous voulez écrire un article dans une des 4 catégories ? Contactez nous ! Nous le publierons..
Recevez des idées de cadeauz...
Abonnez-vous maintenant
Créé avec ©systeme.io